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Cours de Psychologie
Mode ZEN

7 - Les interactions du bébé avec son environnement

I - Système hallucinatoire primitif

Le bébé est animé par des besoins physiologiques, relationnels et psychiques. On pose comme hypothèse qu’en cas d’augmentation des tensions, le bébé dispose d’un potentiel inné qui consiste à halluciner l’objet, la conduite ou ce qu’il y a lieu de faire pour réduire la tension désagréable.
Ainsi, l’augmentation de la tension entrainerait une hallucination de satisfaction et l’hallucination de l’objet serait proche de l’objet satisfaisant. Si ce système était inefficace, il entraînerait une menace de désinvestissement.

  1. Rôle de l’adaptation maternelle primaire (Winnicott)

Le rôle de l’environnement premier de l’enfant est de deviner inconsciemment, intuitivement, ce que sont les attentes du bébé lorsqu’elles ont lieu. Si l’adaptation est suffisante, l’enfant hallucine que le sein va le nourrir, alors qu’en réalité, c’est la mère qui le nourrit. Mais ce mécanisme, inné, offre une adaptation qui protège l’enfant de l’angoisse liée au fait que lui-même n’a pas les moyens de se nourrir. L’adaptation de l’environnement permet à la mère de donner la nourriture à l’enfant au moment même où il l’hallucine.
Attention : le sein psychanalytique se définit comme le symbole de la réponse adéquate aux besoins de l’évènement psychique de l’enfant. Il correspond à un sein suffisamment adapté.
Il est pourtant important que l’enfant fasse un effort adaptatif, on parle d’adaptation suffisante mais non parfaite qui se concrétise par exemple par le temps que met à la mère à donner le sein, ce temps permettant le maintien du processus hallucinatoire, offrant ainsi un moyen d’autorenforcer le processus.

  1. Concept de l’illusion positive :

Le monde du bébé n’est pas parfait, il existe des failles dans le système d’adaptation et bien souvent, les hallucinations ne s’accompagnent pas de la venue de l’objet. Dans ce cas, l’enfant va halluciner une sorte de mauvais sein, un objet bizarre. Le bébé se croit créateur de la satisfaction mais aussi de l’insatisfaction. Quand cette dernière est créée, il se trouve face à l’incertitude. En ce sens, on dit que l’illusion est négative.
En revanche, dans le cas de l’hallucination d’un sein qui arrive, le bébé s’en croit à l’origine, ce qui constitue le noyau premier de la confiance en soi. Parallèlement, les illusions négatives constituent le noyau de la méfiance en soi-même et dans le monde, premières affectations de la culpabilité et du mal-être.
En psychopathologie, cela se traduit parfois par des sujets qui sont habités par des démons et des violences parce que l’évacuation du mal a été incomplète du fait du mécanisme premier qui pose que nous sommes créateurs du mal, en référence au narcissisme primaire et au fait qu’il est difficile de différencier ce qui provient du dedans ou du dehors.
Le développement du bébé dépend ainsi de la proportion d’illusions positives et négatives :
Si + > - : épanouissement
Si + < ­- : noyau de culpabilité primaire

  1. Concept d’illusion négative

Si le principe de plaisir tend au paradis, la clinique s’intéresse davantage aux dysfonctionnements. Le bébé utilise son corps pour exprimer ce qui ne va pas (asthme, vomissement, eczéma, pleurs…). Ce concept décrit par Winnicott et appelé terreur sans nom par Bion se retrouve chez l’adulte. Pour le bébé, le temps n’existe pas si bien que,  dépendant de son environnement et n’ayant que peu de représentations, il craint que l’insatisfaction ne dure éternellement. On parle aussi d’angoisse d’anéantissement, laquelle se retrouve chez les patients qui ont des pulsions de fin du monde.
Exemple : le bébé peut avoir la sensation qu’il est en train de tomber alors qu’il est tenu. Pour lui, il s’agira d’une chute éternelle, laquelle se retrouve dans nos rêves de chute. Cette sensation de chute chez le bébé peut s’observer particulièrement lorsque la mère est dépressive car la pathologie entraine une baisse de son tonus musculaire.
Du point de vue du vécu subjectif, tout se passe donc comme si nous habitions notre corps. Lorsque l’on réveille un bébé brusquement, il ressent une panique intense comme s’il était hors de lui. Adulte, on utilise souvent l’expression « ne pas avoir les yeux en face des trous » pour décrire cette même situation. Ainsi, le prototype de nos angoisses futures prend sa première forme à cet âge. On estime que toutes nos émotions correspondent à des souvenirs des vécus de cet âge.

II - La sortie du narcissisme primaire

  1. La maturation du bébé

On a longtemps pensé que la sortie du narcissisme primaire était provoquée par la frustration inhérente à tout contact avec la réalité. Finalement, on s’est rendu compte que, grâce à la stabilité des soins, le bébé est en mesure de produire des idées d’invariant, lesquelles permettent un travail de coordination et d’affinement. Le système nerveux poursuit sa myélinisation, le cerveau continue à se développer. Il y a donc évolution neurologique et psychique grâce à la très grande coordination perceptivo-motrice des bébés et des transferts de sensorialité.
Exemple : on place un bandeau sur les yeux d’un bébé puis on lui donne une tétine à sucer. On repose la tétine parmi d’autres puis on lui retire le bandeau. Le bébé retrouvera celle qu’il a sucée en premier.
Le bébé interagit de plus en plus avec les invariants humains qui l’entourent. Ainsi, le premier miroir dans lequel le bébé se voit est celui de sa mère.

  1. Désadaptation partielle des soins de la mère
  1. La mère redevient amante

Lorsque la préoccupation maternelle primaire diminue, la femme retrouve sa sexualité, sa libido et toute une partie de ses préoccupations de femme. On dit qu’elle sort de l’état hypnotique envers son enfant. Par exemple, elle peut laisser l’enfant à sa propre mère ou arriver en retard. Le jour où ces comportements se manifestent, le bébé est insupportable, ce dont se rend compte la mère.
En effet, le bébé, sentant la désadaptation du système trouvé-créé au travers d’une mère moins bonne, pense avoir détruit sa capacité à trouver le bon objet par sa colère. Cela entraine une illusion négative. Face à la colère du bébé, la grand-mère a souvent des reproches à faire à la mère, laquelle ressent alors de la culpabilité. En ce sens, on dit que la réintégration de l’organisation psychique de la mère (d’avant la grossesse), se joue par rapport à l’intensité de la culpabilité.
Il faut noter que le reproche de la grand-mère renvoie la mère à son adolescence dans laquelle elle a du conquérir son droit à la sexualité. Tout dépendra donc de sa réaction face à cette culpabilité en présence d’un objet parental.

  1. Les trois réactions maternelles

La mère se sent très coupable :
Elle essaie d’annuler ce qu’il s’est passé et redevient aussi proche du bébé, entrant dans une attitude sur-compensatrice. On constate alors un conflit d’objectif puisque le bébé veut sa mère alors que la mère veut retrouver la situation d’avant cet évènement ; ce qui est impossible car l’un et l’autre ont fait l’expérience paradoxale que quelque chose a bien été détruit.
La mère se révolte :
Pensant que le bébé ne lui laisse pas la place de vivre, elle peut entrer dans une attitude de retrait voire même se retirer affectivement de la situation. Ces deux réactions confirment au bébé qu’il a bien détruit quelque chose.

Le juste équilibre :
La mère tolère le sentiment de culpabilité et parvient à maintenir ses désirs retrouvés. Elle peut ainsi redonner au bébé une situation proche de la situation précédente. Il s’agit de la réaction maternelle dominante.

  1. La sortie du narcissisme primaire

Cette sortie renvoie au conflit d’ambivalence : la réaction maternelle correspondant au juste équilibre permet à l’enfant de constater que sa mère a survécu à sa destruction mais aussi qu’elle échappe à son contrôle :

  • Destruction de l’objet
  • L’objet survit : le bébé découvre ainsi que la mère existe en tant qu’autre sujet, qu’il l’aime mais également qu’elle peut lui manquer, qu’il dépend d’elle pour sa satisfaction. En ce sens, il la hait aussi.

C’est donc parce que la mère est satisfaisante que le bébé la hait, c’est ce qu’on appelle le conflit d’ambivalence. Dès lors, l’environnement paradisiaque s’achève puisque le bébé entre dans un monde de conflit qui entraine une révolution intérieure de son monde subjectif :

  • Découverte de l’existence de l’autre, entrainant une scission dans son monde : il existe un moi et un non-moi
  • Il y a réorganisation de son expérience de satisfaction puisqu’il la détient d’un autre que lui
  • Tout se passe comme s’il avait perdu son ancien monde ; ce qui entraine une nostalgie du paradis perdu, laquelle sera à l’origine de la première représentation psychique de l’idéal
  • L’enfant entre dans un monde de conflit dans lequel existe une ambivalence entre différents types de satisfaction ainsi que l’autoérotisme
  1. Mesure de cette révolution

Le bébé commence à découvrir un sujet extérieur à lui et important pour sa satisfaction : la découverte de l’extériorité du sujet pourvoyeur de sa satisfaction marque le début du narcissisme secondaire.
Selon Lacan, le bébé, vers 18 mois, acquière la représentation de lui-même grâce au miroir. Cette appropriation de soi reste importante jusqu’à 5/6 ans. Zazzo a démontré que cette expérience avait également un rôle dans le développement de l’Œdipe.
A partir de 18 mois, l’image de soi commence à être reconnue suivant et dans le contexte. Le travail du narcissisme secondaire s’ébauche, il débute avec l’extériorité du sujet et s’achève avec le complexe d’Œdipe.

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