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Cours de Psychologie
Mode ZEN

5 - L’influence sociale

Introduction

L’influence sociale se définit comme une pression du groupe et de la société en général sur l’individu et qui a pour conséquence de modifier, de modeler peu à peu ses attitudes et ses comportements dans la direction des patterns qui prévalent dans une culture ou une sous-culture donnée.

Elle crée donc un conflit entre le désir d’être similaire à autrui et le désir de garder sa spécificité. On a longtemps pensé que l’uniformité était le résultat d’un processus d’imitation que l’individu active de façon instinctive. Aujourd’hui, on pense qu’elle est due à plusieurs facteurs sociaux portant deux fonctions essentielles :

  • La facilitation des relations inter-individuelles, c’est-à-dire l’adoption de règles communes
  • Le fonctionnement économique du système cognitif : grâce à des patterns de conduite, l’individu ne s’interroge pas toujours sur la conduite à tenir

L’uniformité se définit comme une forme de similarité qui repose sur le fait que l’individu accepte d’être comme les autres pour ne pas être rejeté. Il est ainsi socialement désirable de modeler son comportement à celui des autres.

La facilitation sociale

Définition et origine

La facilitation sociale renvoie au fait que nos performances lors de l’effectuation d’une tâche, sont modifiées par la simple présence d’autres individus. Le processus a été mis en évidence par Triplett en 1897 qui montra qu’un individu développait des performances motrices plus importantes lorsqu’une autre personne effectuait la même tâche avec lui.

Triplett a mis en évidence deux effets spécifiques de la facilitation sociale : l’effet d’audience et l’effet de coaction. L’effet d’audience renvoie au fait que la simple présence d’observateurs passifs a une influence sur la performance de l’individu observé.

Expérience de Bergum et Lehr 1969

Les sujets de l’expérience sont des recrues de la garde nationale. Leur tâche est de travailler individuellement pour savoir si une série de 20 lampes s’allument bien dans l’ordre établi. L’ensemble de l’expérience dure 2h15.

La variable indépendante correspond à l’effet d’audience : l’un des groupes reçoit la visite du lieutenant-colonel, l’autre non. La variable dépendante est la performance des sujets.

Les résultats montrent :

  • Une diminution progressive des performances au cours du temps, résultat normal
  • 80% de bonnes réponses dans le groupe 1
  • 40% de bonnes réponses dans le groupe 2

L’effet de coaction renvoie au phénomène décrit par Triplett : la présence d’autres personnes effectuant la même tâche que le sujet a une influence directe sur la performance de ce dernier.

Expérience de Allport 1924

Les tâches consistent en la réalisation de multiplication, d’associations de mots en chaîne etc. La variable indépendante est la présence d’un rival (effet de coaction) ou son absence (groupe contrôle). La variable dépendante est la performance globale du sujet.

Les résultats montrent de meilleures performances dans la situation de coaction. Deux facteurs interviennent :
- La vue des mouvements d’autrui augmente la production des mouvements du sujet par imitation
- Autrui est source de rivalité, ce qui augmente donc la performance

Attention : Dashiell en 1930 montra que les individus en état de coaction répondent plus vite mais font également davantage d’erreurs.

Conclusions : la présence d’autrui (actif ou passif) a des effets positifs ou négatifs. On ne peut donc pas toujours parler de facilitation sociale. Zajonc et Cottrell rendront compte des facteurs qui facilitent les performances ou qui constituent un frein.

Explications théoriques

  • Théorie de Zajonc 1965

Il fit appel au concept de motivation et aux lois d’apprentissage définies par Hull et Spence. Selon lui, le fait d’être en compétition entraîne une série de conséquences psychologiques qui se retrouvent au niveau physiologique. Les premières concernent l’augmentation de l’attention, de la vigilance et de la motivation, les secondes concernent l’augmentation de l’activité corticosurrénale.

D’après l’une des lois de l’apprentissage, l’augmentation de l’attention et de l’activité physiologique a pour effet d’augmenter la probabilité d’apparition de la réponse dominante.

La qualité de la réponse dominante dépend de la maîtrise de la tâche par le sujet. En cas de bonne maîtrise, la réponse dominante est la bonne réponse, il y a donc un effet facilitateur. Lorsque le sujet maîtrise mal, la réponse dominante est la mauvaise réponse, il y a donc un effet inhibiteur.

Zajonc mit donc l’accent sur les caractéristiques individuelles et traita le phénomène comme inné et déclenché automatiquement par autrui.

  • Théorie de Cottrell 1972

Cottrell mit l’accent sur les caractéristiques de la personne qui assiste à l’action du sujet. Dans des situations d’audience, ce qui importe est le jugement que l’individu pourra porter. Si l’observateur n’a pas de possibilité de jugement, Cottrell estime qu’on ne doit pas observer d’effet d’audience. Dans les situations de coaction, il y a augmentation des performances uniquement lorsqu’il y a rivalité entre les sujets.

Expérience de Henchy et Glass 1968

Expérience de Henchy et Glass 1968                                        

I : le sujet pense que l’expérimentateur ne connaîtra pas leurs performances
II : les observateurs observent le déroulement d’une étude de psychologie
III : les observateurs sont compétents par rapport à la tâche
IV : les sujets sont seuls mais pensent que leurs performances sont enregistrées et qu’elles seront jugées par des experts

Les résultats : condition 3 > condition 4 > condition 2 > condition 1
Ils confirment donc la théorie de Cottrell mais pas celle de Zajonc (condition 1 = condition 4, condition 2 = condition 3)

Conclusions : pour déclencher un phénomène de facilitation, il faut que l’audience soit compétente.

Dans l’effet d’audience, la motivation du sujet dépend de sa perception de l’audience. S’il est jugé, la performance va augmenter, s’il n’est pas jugé ou si l’audience est incompétente, les performances seront stables.
Concernant l’effet de coaction, la compétition augmente la performance. Cependant, une bonne performance est la conséquence de la maîtrise de la tâche par le sujet.

La comparaison sociale

La comparaison sociale est le processus par lequel un individu évalue ses opinions et ses aptitudes en se référant à autrui. Plus exactement, dans les situations où l’individu n’est pas sûr de la justesse de ses opinions ou de la qualité de ses aptitudes, il opère une comparaison afin d’obtenir une estimation mais également dans l’éventualité de s’ajuster aux normes ambiantes.

Le processus de comparaison sociale est déclenché par un état d’incertitude et vise à rétablir cette certitude et ainsi à aboutir à un état d’équilibre.

La théorie de la comparaison sociale de Festinger 1954

Festinger affirme que l’homme n’a pas toujours les bases objectives pour évaluer ses opinions ou certaines de ses capacités. Dans ce cas, il n’a pour seul moyen de comparaison que la ‘réalité sociale’, c’est-à-dire le consensus. Si son opinion est partagée, il conclura qu’elle est valide, de même si ses capacités sont appréciées par autrui, il conclura qu’elles sont satisfaisantes.

Lorsque le sujet perçoit des différences entre son groupe de référence et lui-même, il a trois solutions :

  • Se rapprocher des autres, c’est-à-dire réduire ses différences avec les autres
  • Approcher les autres, c’est-à-dire faire en sorte que les autres aient moins de différences avec lui
  • Réduire son champ de comparaison et augmenter les critères

Ces trois solutions débouchent toutes sur une uniformisation.

S’agissant des compétences intellectuelles, le sujet tente de s’ajuster à autrui. Concernant les différences physiques, l’ajustement n’est pas possible, ce qui explique que l’on tente de dépasser autrui. L’ajustement est donc différent lorsqu’il s’agit d’opinions ou d’aptitudes. Ces dernières entrainent une compétition et donc un dépassement de l’autre, alors que les opinions s’homogénéisent.

Développement et critique par Codol

Codol, en 1975, remit en cause l’idée selon laquelle le sujet tente avant tout de s’ajuster aux autres. Selon lui, il est pris entre deux logiques : celle de se conformer et donc de s’ajuster, et celle de se différencier.

L’individu parviendrait à concilier ces deux désirs en montrant qu’il est davantage conforme aux normes sociales que les autres : il s’agit du concept de conformité supérieure de soi.

Elle remplit la première fonction puisqu’elle permet de coller aux normes sociales, mais elle remplit également la seconde puisque l’individu s’y différencie en surpassant autrui. C’est l’effet PIP : Primer Inter Pares.

Expérience de Codol 1975

La tâche des sujets était de remplir un questionnaire dans lequel le sujet devait énumérer et repérer grâce à des échelles d’attitude, les critères normatifs de son propre groupe social. Puis on demandait aux sujets de se positionner par rapport à ces critères.

Les résultats montrèrent que les individus ont tendance à considérer qu’ils remplissent mieux les critères de leur groupe.

Développement et critique par Lemaine

Lemaine remit en cause l’idée selon laquelle l’individu se compare uniquement et systématiquement à l’ensemble des individus proches de lui. Il affirme que dans certains cas de figure, l’individu est amené à se comparer à des individus éloignés, soit par les opinions, soit par les attitudes.

Lorsque l’écart est faible, la théorie de Festinger s’appliquerait, mais lorsque l’écart est grand, le sujet peut abandonner en se justifiant. Il tente alors d’introduire une nouvelle dimension de comparaison sur un critère pour lequel il possède des aptitudes. Il essaie également de faire en sorte que ce critère devienne décisif parmi les critères de comparaison initialement appliqués.

Expérience de Lemaine 1966

Les sujets sont des enfants de 11 à 13 ans en centre de vacances. Ils sont répartis en deux groupes de 5 enfants. Leur tâche est de construire une cabane. Un groupe reçoit une ficelle par tirage au sort. La variable indépendante est donc la distance entre les deux groupes : le groupe favorisé par la ficelle, le groupe défavorisé. Pour éviter l’abandon, l’expérimentateur donna un enjeu, c’est-à-dire une récompense pour la meilleure cabane. L’hypothèse est que le groupe défavorisé introduira de nouveaux critères.

Résultats : dans un premier temps, le groupe défavorisé développe une mauvaise ambiance, l’organisation du travail est également mauvaise. Puis il donna une solution, à savoir la construction d’un jardin. Dans un troisième temps, le groupe tenta de convaincre l’expérimentateur que le jardin est essentiel pour la cabane. La variable dépendante était l’ambiance du groupe, l’organisation du travail ainsi que la différence entre le but fixé et la tâche accomplie (en tâche supplémentaire et en tâche réalisée en moins).

Expérience de Malaton 1966

Les sujets sont des étudiants en psychologie. Ils sont placés dans un jeu de rôle qui correspond à une situation de candidature à un emploi. Leur tâche est d’écrire une lettre de motivation.
Phase 1 : réalisation de la lettre
Phase 2 : les sujets sont contactés, on leur dit qu’ils ont été sélectionnés parmi n candidats et qu’ils doivent donc écrire une seconde lettre.

Variable indépendante : distance sociale entre deux candidats
- Candidat rival au même profil: distance faible
- Candidat rival au même profil mais avec des expériences professionnelles en plus : distance moyenne
- Candidat rival sortant de polytechnique : distance élevée

Variable dépendante : les différences entre les lettres

Résultats : dans le cas de la distance faible, on ne note pas de différence significative entre les lettres. Dans les cas de distance moyenne et élevée, le sujet met en avant l’une des dimensions dans lesquelles il excelle, notamment la dimension clinique dans ce cas (ce sont des étudiants en psychologie).

La normalisation

Définition

Lorsqu’il n’y a pas de norme établie, les sujets exercent les uns sur les autres, une influence réciproque et convergent vers une norme commune. Ce phénomène est courant lorsqu’un groupe se constitue : rapidement ce collectif va élaborer en commun un système de normes et de valeurs qui lui permettra de se donner une forte cohésion et de se différencier des autres groupes sociaux.

Formation des normes

Expérience de Sherif 1935

Le sujet est placé dans une pièce plongée dans le noir total. Face à lui se trouve un  pupitre avec un bouton. On lui explique qu’il va voir un point lumineux à 5 mètres de lui. Sa tâche est d’appuyer sur un bouton dès qu’il l’aperçoit. La lumière est présentée durant deux secondes. Le sujet doit évaluer le déplacement subjectif du point lumineux. L’expérience présente 100 essais, elle se déroule donc sur plusieurs jours.

La variable indépendante est l’ordre de passation : soit le sujet passe seul, soit il passe en groupe (1-2 ou 2-1). La seconde variable indépendante est la taille du groupe (de deux à trois sujets). La variable dépendante correspond aux estimations du sujet. L’expérience se déroule avec 40 sujets : 8 groupes de 3 : 4 (1-2) ; 4 (2-1)  et 8 groupes de 2 : 4 (1-2) ; 4 (2-1).

Résultats : Sherif ne constata aucun effet de la variable taille du groupe. En revanche, concernant la variable ordre de passation : lorsque les sujets passent d’abord seuls puis en groupe, on constate que les estimations sont disparates puis s’homogénéisent, il y a donc formation d’une norme. Une fois en groupe, la norme collective émerge lentement car il y a préexistence d’une norme individuelle. Dans la condition où les sujets débutent l’expérience par le groupe, la norme collective émerge vite et se trouve conserver lorsque les sujets se retrouvent seuls.

Dans les situations où les schèmes habituels de conduite ne sont pas applicables car il n’y a pas de normes établie, et en l’absence de point de référence, l’individu se crée une norme individuelle. Cependant, s’il a la possibilité de se référer aux conduites d’autres individus, il ajuste son comportement aux leurs. Il s’agit cependant dans ce cas d’une influence réciproque.

Expérience de G. de Montmollin 1966

Elle porte sur une variante de l’effet autocinétique de l’expérience de Sherif. Il estime qu’il s’agit d’une situation particulière car il y a influence réciproque et dans certains cas, une influence dominante par élection d’un leader. Par ailleurs l’expérience durant plusieurs jours, il estime que des relations amicales se sont nouées entre certains membres du groupe.

Dans la variante de l’expérience de Montmollin, les sujets ne se voient pas, la réponse de l’autre sujet est communiquée par l’expérimentateur à l’écrit. La tâche est d’évaluer le nombre de pastilles de couleur figurant sur un carton. Celui-ci est présenté durant 4 secondes et contient 80 pastilles, l’évaluation est donc subjective. Dans une première phase, le sujet donne sa réponse à l’expérimentateur, puis ce dernier collecte les réponses et les communique, enfin, le sujet fait une seconde évaluation.

Résultats : lorsque le sujet donne sa réponse, il évalue la vraisemblance des réponses des autres sujets et ne s’ajuste qu’aux sujets les plus proches de sa réponse.

Conclusion : les normes ont deux fonctions principales :

  • Elles permettent au groupe de se donner une cohésion forte : par l’adoption de normes communes, le groupe cherche à éviter les conflits
  • Elles confèrent une spécificité au groupe : le groupe cherche à se démarquer

On y retrouve donc les processus de la cohésion sociale, à savoir l’assimilation ou le contraste.

Le conformisme

Définition

Le conformisme se caractérise par le fait qu’en la présence d’une norme  dominante, il existe une pression vers la conformité qui pousse l’individu à accepter le système de comportement privilégié et donc à modifier ses opinions, attitudes et comportement qui en découlent.

Le conformisme se distingue donc de l’uniformité car celle-ci n’engendre pas de pression du groupe sur l’individu. Celui-ci adopte les normes groupales parce qu’il estime que c’est préférable d’être comme autrui.

Expérience de Asch 1951

Asch créa une situation dans laquelle le sujet sera conduit à renier son expérience visuelle pour se conformer ou à conserver son jugement alors que cela le conduit à devenir déviant.

L’expérience se déroule avec des groupes de 8 sujets dont 7 compères et un sujet naïf. Leur tâche est de comparer une ligne étalon à 3 stimuli visuels en disant quel est celui qui correspond à l’étalon. Il y a 18 essais.

Dans le groupe expérimental, les 7 sujets compères donnent 12 réponses fausses à l’oral. Dans le groupe contrôle, ils font de même mais à l’écrit.

Résultats :
- 26% des sujets naïfs restent indépendants
- 30% des sujets se conforment moins d’une fois sur deux
- 44% des sujets se conforment plus d’une fois sur deux
- Pratiquement aucune erreur n’est observée dans le groupe contrôle

Lors d’entretiens post-expérimentaux, les sujets qui se sont conformés expliquent l’avoir fait par peur du rejet du groupe, mais la plupart avance l’idée qu’ils se sont conformés car la majorité avait forcément raison. Les sujets étaient alors en état de dissonance cognitive et ont trouvé une solution en déduisant qu’ils avaient forcément un problème de vision.

Expérience de Deutsch et Gerard 1955

Deutsch et Gerard voient un double conflit dans l’expérience de Asch. Ils estiment que les sujets ont tendance à se fier à leurs perceptions, mais aussi qu’ils hésitent car ayant l’information de la majorité, ils craignent d’être jugés négativement.

Les auteurs mettent donc en évidence deux types d’influence :

  • L’influence normative qui existe pour ne pas ternir son image auprès d’autrui ou envers soi-même
  • L’influence informationnelle qui dit que la majorité a raison

Au cours de leurs expériences, ils mirent en avant différents processus :

  • L’effet de l’influence normative régresse lorsque le sujet comprend que ses réponses ne sont pas connues d’autrui, car la pression au conformisme est moindre
  • L’influence normative individuelle diminue l’impact de l’influence normative d’autrui
  • Moins le sujet est certain de l’estimation du groupe, moins il sera sensible à l’influence sociale informationnelle
  • Moins le sujet est certain de sa propre perception, plus il sera sensible à l’influence sociale normative et informationnelle

L’expérience de Milgram 1956

Les travaux de Milgram, entrepris à la suite des exactions commises par les Nazis durant la seconde guerre mondiale, sont aujourd’hui célèbres. Leurs objectifs étaient de comprendre les mécanismes de l’obéissance, c'est-à-dire les processus à l’œuvre dans le fait de se soumettre aux ordres directs d’une autorité.

600 sujets étaient invités à se présenter au sein de l’université de Yales. Le cadre prestigieux de cette faculté est extrêmement important dans la mesure où il assoit encore davantage l’autorité des chercheurs face aux sujets de l’expérience.

On explique aux sujets que l’on cherche à tester l’effet des punitions sur les processus d’apprentissage. Les sujets sont placés par deux, un sujet naïf et un sujet compère. On réalise un tirage au sort, truqué, destiné à choisir lequel des deux individus jouera le rôle de l’apprenant. Bien sûr, cette place est toujours attribuée au compère. On demande donc au sujet naïf de faire apprendre des paires de mots aux compères (table – ardoise par exemple). Puis le sujet naïf est placé devant un tableau de commandes sur lequel sont installés des leviers allant 15 à 450 volts, le dernier étant marqué ‘Danger’.

La consigne est la suivante : à chaque erreur de l’apprenant, le sujet doit lui envoyer un choc électrique en augmentant le voltage progressivement. Un chercheur se trouve aux côtés du sujet tout au long de l’expérience, afin de « l’accompagner ». Il est autorisé à formuler les phrases suivantes : « vous devez continuer » ou « il faut continuer » ou « continuez » ou « l’expérience veut que vous poursuiviez ».

Résultats :

 

% de sujets allant jusqu’à 450V

Moyennes des chocs électriques

Situation 1 : l’apprenant et le sujet ne sont pas dans la même pièce, à 300V le compère tape sur la cloison pour protester puis ne donne plus aucune réponse jusqu’à 450V

65%

405 V

Situation 2 : idem, sauf que des cris de douleur sont entendus

62.5%

370 V

Situation 3 : apprenant et sujet dans la même pièce, il est donc vu et entendu

40%

310 V

Situation 4 : le sujet naïf doit contraindre l’apprenant à poser les mains sur les plaques délivrant le choc

30%

265 V

Cette expérience a été reproduite dans diverses conditions afin d’en vérifier les résultats. Ce fut notamment le cas dans la situation d’absence de l’autorité (représentée par le chercheur dans la première condition). Les résultats furent tout à fait différents :

 

% de sujets allant jusqu’à 450V

Moyennes des chocs électriques

La victime demande les chocs, l’autorité s’y oppose

0%

150 V

Pas d’autorité, l’ordre est donné par un sujet ayant le même statut que le sujet envoyant la décharge

20%

245 V

2 sujets s’opposent : l’un disant de continuer, l’autre d’arrêter

0%

150 V

Ils montrent que la hiérarchie est indispensable aux processus d’obéissance, mais également qu’elle doit représenter une autorité légitime aux yeux du sujet pour qu’il y ait soumission. Dans ce cas, l’individu n’agit plus comme acteur autonome mais comme un agent exécutif des volontés d’autrui : il en attribue la responsabilité à l’autorité qu’il reconnaît.

Conclusion :

Nos conduites individuelles peuvent dépendre de la pression du groupe. Certains auteurs se sont donc intéressés aux caractéristiques des individus qui se conforment et de ceux qui restent indépendants : existe-t-il des individus qui se conforment au groupe quelques soient les circonstances ? La réponse fut donnée, elle est négative : les individus ne se conforment que pour une seule raison, celle de satisfaire des besoins psychologiques.

Un autre axe de recherche fut développé autour des questions des processus qui sous-tendent le phénomène de conformisme. Kelman en différencia trois :

  • Le processus d’acquiescement
  • Le processus d’intériorisation
  • Le processus d’identification

Les processus d’influence majoritaire et minoritaire

Définitions

On parle de déviance lorsqu’un individu ou un groupe d’individus minoritaire ne se conforme pas aux normes ou règles sociales en vigueur dans un système social donné. Il s’agit donc d’un comportement qui remet en cause à la fois les normes sociales et la cohésion ou l’unité du système.

L’innovation se manifeste lorsqu’un individu ou un groupe d’individus minoritaire s’efforce d’introduire ou de créer des idées, des comportements ou des modes de pensée nouveaux, ou encore de modifier les idées reçues et attitudes traditionnelles d’anciens modes de pensée ou de comportements.

Historique

Ces définitions concernent les champs de recherche de l’influence sociale et sont issues de deux conceptions différentes de l’évolution de la société :

Parler de déviance, c’est concevoir un système social statique caractérisé par des règles et des normes sociales immuables. Dans ce cas, la déviance est analysée comme un dysfonctionnement de certains individus ou groupes sociaux minoritaires incapables de s’adapter à la société et d’en intégrer les normes. Les recherches qui furent établies à partir de ce raisonnement portèrent sur les caractéristiques psychologiques des déviants ou sur les réactions de la majorité face aux déviances.

Cette conception s’oppose à une autre qui pense le système social comme fondamentalement évolutif, cette évolution se faisant grâce aux individus déviants à l’origine de réponses adaptatives plus efficaces. La déviance est créée par la société car elle crée des marges de comportements acceptables et rejettent ceux qui sont en dehors des normes. Dans ce schéma, les groupes minoritaires sont influencés par le système social mais la réciproque est également vraie. Les recherches entreprises furent donc réalisées pour déterminer les facteurs qui permettent à une minorité d’introduire une innovation et de faire basculer les normes en vigueur.

La conception classique de la déviance

  • Le rejet

Expérience de Schachter 1951

Son hypothèse de base est que les réactions du groupe face aux déviants se traduiront par une poussée vers l’uniformité des attitudes. Cette pression dépendrait de deux facteurs qui sont la cohésion du groupe (ensemble des forces qui poussent les membres à rester à l’intérieur du groupe, plus la cohésion est forte, plus la pression sera grande) et la pertinence des activités pour le groupe.

Il y a pertinence lorsque les activités sont liées à un objectif du groupe ou si les membres estiment que leurs activités sont indispensables à leurs propres intérêts ou à leurs besoins.

VI 1 : la cohésion (forte / faible)
VI 2 : la pertinence (pertinence / non pertinence)
VI 3 : la déviance (non déviant / déviant stable / déviant flottant)
VD 1 : la popularité des déviants au sein du groupe
VD 2 : le nombre de communications dirigées vers les déviants

Les sujets sont 198 étudiants en sciences économiques. Dans une 1ère phase, l’expérimentateur annonce la création de clubs à l’initiative d’instances diverses : un club d’étude de cas sur le traitement et les dispositifs existants concernant les délinquants, un club de journalisme (conseil sur divers choix), un club de cinéma (prévision du succès des films d’après leur affiche) et un club de radio portant sur des études de marché pour la station radio. Ensuite, l’expérimentateur demande aux étudiants intéressés de remplir un questionnaire et d’indiquer :

- A quel club ils souhaitent s’inscrire
- Le degré d’intérêt pour chaque club grâce à une échelle d’attitude en 4 points de ‘pas du tout intéressé’ à ‘extrêmement intéressé’

Dans la seconde phase, les étudiants sont invités à la première réunion dans laquelle sont présentes 8 à 10 personnes dont 3 sujets compères.

VI 1 :
- clubs ‘étude de cas’ et ‘ciné’ : on y place les étudiants fortement intéressés, la cohésion est donc forte
- clubs ‘journalisme’ et ‘radio’ : on y place les étudiants peu intéressés, la cohésion est donc faible

VI 2 : l’activité proposée lors de la première réunion
- clubs ‘étude de cas’ et ‘journalisme’ : l’activité est cohérente avec le thème du club
- clubs ‘radio’ et ‘cinéma’ : l’activité n’est pas pertinente

Les conditions expérimentales se résument donc ainsi :
- club ‘étude de cas’ : forte cohésion / pertinence
- club ‘cinéma’ : forte cohésion / non pertinence
- club ‘journalisme’ : faible cohésion / pertinence
- club ‘radio’ : faible cohésion / non pertinence

Dans le groupe ‘étude de cas’, les étudiants sont invités à donner leur avis sur un délinquant en préconisant une mesure parmi 7 propositions posées sur une échelle d’attitude allant de douce à sévère.

VI 3 :
- deux des trois sujets déviants doivent réclamer un châtiment sévère
- les 3 compères réclament un châtiment sévère, leur avis devient alors conforme au groupe

Le 1er compère a un comportement stable : il exige un châtiment sévère sans changer d’avis.
Le 2nd compère a un comportement flottant : il exige un châtiment sévère puis se conforme à l’avis du groupe.
Le 3ème compère adopte un comportement non déviant : il se conforme à l’opinion du groupe.

VD 1 : chaque sujet reçoit un questionnaire demandant quel membre du groupe il souhaiterait voir rester dans le club ou non, dans le cas où il faudrait réduire les effectifs et quels membres il élierait à la tête de 3 comités chargés d’organiser les réunions.
VD 2 : nombre de communications dirigées vers les déviants

Résultats :

VD 2 : les sujets s’adressent de plus en plus au compère déviant stable puis au bout de 30 min de discussion, on remarque une différence entre les deux groupes :
- club ‘étude de cas’ : communication au déviant stable et au membre impopulaire puis baisse subite correspondant à un rejet
- autres clubs : les communications sont stables et continues mais les déviants sont impopulaires

- Concernant les déviants, les communications augmentent tant qu’ils ne se rallient pas, une fois que cela est fait, les communications diminuent, ils sont également bien plus populaires.
- Concernant les non-déviants, les communications sont constantes, ils sont ceux dont la popularité est la plus forte.

Conclusion :
Le groupe n’est pas passif face à la déviance, la pression est d’autant plus forte que le déviant est rigide et résistant. Plus le groupe est cohésif et pertinent, moins il tolère les déviants convertis ou éliminés. Un groupe peu cohésif et peu pertinent accepte mieux l’hétérogénéité des conceptions et des comportements.

  • La naturalisation

Il y a naturalisation lorsque le groupe ou le système social cherche à s’immuniser contre les déviants, non pas en se heurtant de front à leurs conceptions, mais en ruinant leur crédibilité. Dans ce cas, on constate que le groupe ne cherche pas à contre-argumenter, il tend à expliquer les raisons de la prise de position des déviants en se référant à des propriétés stables naturelled inhérentes aux déviants.

Cette naturalisation prend trois formes :

  • Biologisation : le groupe invoque la race ou le sexe du déviant pour expliquer sa conduite déviante
  • Psychologisation : le groupe fait référence aux caractéristiques psychologiques
  • Sociologisation : le groupe invoque l’appartenance sociale
  • Les caractéristiques psychologiques des déviants

Les auteurs se sont intéressés aux facteurs pouvant pousser un individu à manifester une divergence dans ses opinions ou ses comportements et donc à s’opposer à la majorité. Deux besoins psychologiques majeurs ont été identifiés :

Le besoin de se sentir libre : les individus veulent maintenir leur liberté de choix. Dès qu’ils sentent cette liberté menacée, ils réagissent en déclenchant une réactante. Brehm en 1966 décrit un état émotionnel mis en place par l’individu afin de recouvrir sa liberté menacée en changeant son attitude dans la direction inverse de celle qui est attendue ou encore à extrémiser plus encore son attitude initiale.

Le besoin d’être différent, encore appelé besoin d’unicité. La majorité des sociétés valorisent les individus qui présentent des qualités rares. De plus l’identité de l’individu se définit non pas en termes de ressemblances avec autrui mais en termes de différences.

 Une conception récente de la déviance : l’innovation

  • Les recherches de Faucheux et Moscovici 1967

Ils furent les premiers à réaliser des expériences sur l’innovation. Ils cherchèrent à renverser les paradigmes expérimentaux utilisés classiquement. Leurs recherches partent du postulat que la majorité exerce une pression sur les minorités mais que ce résultat est essentiellement dû aux différences de taille entre les groupes concernés.

Ce qui leur semble déterminant est la consistance du groupe : elle est synchronique, c’est à dire qu’il y a consensus au sein de la majorité,  elle peut également être diachronique, c’est-à-dire que le consensus perdure dans le temps. Leur conclusion est donc qu’une minorité peut tout à fait influencer une majorité à partir du moment où elle est consistante.

Expérience :

Leur prétexte est de réaliser une expérience sur le mode de présentation des informations sur un écran en vue du développement de la transmission dans la navigation aérienne et spatiale. Les sujets sont des étudiants américains de 19 à 22 ans suivant tous un cours de perfectionnement en français à Paris.

Leur tâche est de tester les signaux sous forme de figures présentant 4 caractéristiques :
- La taille (grand – petit)
- La couleur (rouge – vert)
- Les contours (pointillés – traits continus)
- La forme (arrondie – anguleuse)

Leur tâche est de donner à haute voix, la caractéristique la plus appropriée à chaque signal. On leur présente 64 stimulations, dans le groupe expérimental se trouvent 4 ou 5 sujets naïfs dont un sujet compère, dans le groupe contrôle, 4 ou 5 sujets naïfs. Le compère donne toujours comme réponse le caractère couleur (il adopte donc un comportement consistant diachronique).

Résultats : le sujet minoritaire a une influence sur les sujets naïfs car le nombre de réponse ‘couleur’ dans le groupe expérimental est très largement supérieur à celui donné dans le groupe contrôle.

  • Recherches complémentaires

Expérience de Moscovici, Lage et Naffrechoux 1969

La tâche des sujets est de juger de la couleur et de l’intensité lumineuse de diapositives en mentionnant le nom d’une couleur et une intensité sur une échelle graduée de 0 à 5. 36 diapositives sont présentées à des groupes de 6 sujets dont 2 compères. Ces-derniers répondent toujours la couleur verte (attitude consistante synchronique et diachronique) alors que toutes les diapositives étaient bleu.

Avant l’épreuve, les sujets passent un test visuel, seuls ceux ne présentant aucune anomalie sont autorisés à passer l’épreuve.

Résultats :
Groupe contrôle : 0.25 % de réponses ‘verte’
Groupe expérimental : 8.42% de réponses ‘verte’
La minorité peut donc influencer la majorité même si, ici, seuls un tiers des sujets a subi l’influence.

Conclusion

Lorsqu’il y a dissidence, la majorité exerce une pression pour ne pas que la minorité n’entrave son fonctionnement. L’influence augmente si le groupe est cohésif et la situation pertinente en utilisant les communications et la naturalisation.

Si la minorité résiste, elle peut introduire des innovations. Pour cela, elle doit rester indépendante, consistante, ne doit pas être rigide mais objective afin que ses nouvelles normes aillent dans le sens d’une évolution. Le soutien d’un leader peut augmenter la probabilité d’une influence.

La facilitation sociale, la comparaison sociale, la normalisation, le conformisme, la soumission à l’autorité et les processus d’influence majoritaire et minoritaire sont des formes d’influence. Les cinq premiers sont des pressions exercées de la part de la société vers le groupe et l’individu. L’influence minoritaire et l’innovation montrent la dynamique du système social. L’influence est donc bilatérale.

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