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2 - Histoire de la sociologie

La sociologie se précisa au fur et à mesure de la confrontation entre ses différentes tendances.

I - Naissance de la sociologie scientifique

  1. Naissance

Ce furent les problèmes engendrés par la vie en société qui contraignirent les Hommes à produire des connaissances sur le social. Ces questions se posèrent dans le même temps que l’avènement de la démarche scientifique.

Depuis le 19ème siècle, la science se définit comme un ensemble de connaissances et d’études d’une valeur universelle, caractérisées par un objet et une méthode tous deux déterminés. Par ailleurs, ces connaissances doivent se fonder sur des relations objectives et vérifiables.

L’esprit scientifique est né aux 15ème et 16ème siècles sous la Renaissance et se fonda sur l’avènement de la rationalité. Le rationalisme ne se restreint pas à une méthode de connaissance de l’univers mais fait aussi appel à une méthode d’action, la connaissance scientifique permettant de déboucher sur une maîtrise véritable des phénomènes. Le terme de ‘rationnel’ est associé à la maîtrise volontaire mais également à la mise en place de moyens dont on peut calculer les effets par rapport à des objectifs.

En France, le rationalisme s’imposa avec l’installation de la bourgeoisie aux commandes politiques et économiques, ainsi qu’avec le développement de la politique capitaliste au 18ème siècle. Les bourgeois percevaient les dangers de la vie en société tels que l’augmentation et l’accroissement des villes, le développement du prolétariat et du sous-prolétariat, l’apparition de classe sociale démunie et de l’anémie (état d'une société caractérisée par une désintégration des normes qui règlent la conduite des hommes et assurent l'ordre social).

Cette recherche de maîtrise de l’ordre social se retrouva dans les travaux de Quetelet sur la physique sociale, discipline destinée à maîtriser les faits sociaux grâce aux calculs et à l’application des méthodes physiques. Elle se retrouva par la suite dans la démarche positiviste d’Auguste Comte.

  1. Les premiers fondateurs
    1. Machiavel (fin 15ème, début du 16ème siècle)

Il traita déjà, dans son livre ‘Le Prince’ de l’étude de l’ordre social, de la survie des Etats et des nations.

  1. Montesquieu (fin 17ème, début du 18ème siècle)

Magistrat français, il exerça une grande influence sur les pensées d’Auguste Comte et d’Emile Durkheim en réfléchissant aux conditions de l’existence, des systèmes politiques et des puissances territoriales.

  1. Jean Jacques Rousseau (18ème siècle)

Il travailla autour de la poursuite de l’intérêt commun. Selon lui, la société reposait sur un contrat passé entre les gouvernants et les gouvernés, entraînant une volonté collective différente de la somme des volontés individuelles.

A mesure que les sociétés se complexifient, l’efficacité des mécanismes institutionnels visant à soumettre les volontés individuelles à la volonté générale s’avère de plus en plus incertaine, notamment en raison des problématiques entourant l’éducation et les droits et devoirs du citoyen.

Jean Jacques Rousseau affirmait donc que la légitimité de l’ordre social dépendait de l’efficacité des institutions, devant être en mesure de convertir l’égoïsme des dirigeants en altruisme, et des mécanismes de socialisation. Par conséquent, l’ordre social dépendait de la qualité des valeurs intériorisées par le citoyen.

  1. Les précurseurs
    1. Quetelet (fin 18ème, début 19ème siècle)

Voir ci dessus

  1. Frédéric Le Play (19ème siècle)

Il entreprit de nombreux voyages en Europe et fonda son travail sur l’observation directe, en saisissant les comportements au moment de leur émission. Il travailla sur l’établissement des budgets familiaux dans le milieu ouvrier et publia le livre ‘L’ouvrier européen’ en 1855. Il ouvrit ainsi la voix aux enquêtes de consommation. 

  1. Auguste Comte (fin 18ème, début 19ème siècle)

Considéré comme le fondateur de la sociologie, il créa le terme de sociologie et fut à l’origine du positivisme. Son ambition était d’énoncer les règles du meilleur fonctionnement social possible dans le cadre d’une économie évoluant vers l’industrialisation. Selon lui, la science devait se substituer à la religion et permettre l’unification de la société. Le positivisme se traduisit donc par une application des méthodes les plus rigoureuses à l’ensemble des opérations de la connaissance.

Il énonça un certain nombre de règles formant un cadre de travail au positivisme :

  • Le monde social est inaccessible dans son essence, seul les faits perçus sont analysables scientifiquement
  • Le monde subjectif, celui de la conscience, des intuitions ou des valeurs, échappe en tant que tel à la science
  • L’observation extérieure et le test empirique objectif représentent les seuls guides des théories scientifiques. La compréhension et l’introspection sont rejetées car elles sont incontrôlables
  • La notion de loi générale est centrale, dans la mesure où elle permet de rendre compte d’une classe fermée de phénomènes
  • Le signe d’une connaissance vraie est sa capacité de prédiction des évènements, laquelle relève du champ de pertinence des lois qu’elle a établies. L’explication est donc ramenée à la prédiction

Une doctrine est positiviste si elle se réclame de la seule connaissance des faits de l’expérimentation scientifique mais aussi si elle refuse le dualisme entre sciences de la nature et sciences humaines, c'est-à-dire si elle affirme l’unité de la méthode et de l’esprit scientifique.

  1. Tocqueville (1805-1859)

Magistrat de formation, il voyagea aux Etats-Unis et y travailla sur la démographie américaine (‘De la démographie américaine’). Il utilisa la méthode comparative pour mettre en parallèle des faits et des objets de cultures différents afin de trouver des règles pertinentes pour toute société.

  1. Karl Marx (1818-1883)

Il publia autour de 4 volets, la philosophie, la sociologie, l’économie et la politique. Il écrivit des articles polémiques, publia Le Capital, ainsi que le Manifeste du parti communiste.

Sa thèse centrale était qu’on ne peut comprendre la société sans se référer au fonctionnement du système économique. Il avança donc l’hypothèse qu’il existait des rapports sociaux s’opposant aux individus, abstraction faite de leurs préférences.

II - Emile Durkheim (1858-1917)

Ancien élève de l’école supérieure de philosophie, il découvrit les sciences sociales en Allemagne. Dans ses écrits majeurs, on retient sa thèse doctoral ‘De la division du travail social’, l’ouvrage ‘Le suicide’ ainsi que son travail sur les règles de la méthode sociologique.

  1. Généralités

Le thème principal de ses recherches portait sur les relations entre les individus et sur la nature du lien social. Il décrivit notamment deux types de solidarité :

  • la solidarité mécanique ou solidarité par similitude qui caractérise les sociétés traditionnelles dans lesquelles les individus partagent les mêmes valeurs et les mêmes activités
  • la solidarité organique, spécifique de la société occidentale dans laquelle les différentes fonctions et valeurs individuelles imposent des relations de complémentarité et d’interdépendance

Il fut également l’un des précurseurs du fonctionnalisme et est considéré comme LE précurseur du structuralisme

  1. Ses intérêts

Durkheim s’intéressa  à la société dite ‘primitive’ car il cherchait les formes élémentaires d’organisation humaine. Dans son livre ‘Théorie de la religion’ publié en 1912, il insista sur sa fonction de fondation d’une communauté d’esprits entre les individus et son influence sur la cohésion sociale.

Au cours de son étude sur le suicide, il fut le premier à réaliser des enquêtes sur le terrain afin de montrer que cet acte était un phénomène individuel complexe mais aussi un fait social. Il montra notamment que, dans une société donnée, le taux de suicide est stable mais aussi régulièrement plus élevé dans certains sous-groupes que dans d’autres. Ainsi, le suicide n’est ni imprévisible, ni indéterminé, en cela, il est un fait social.

Il repéra ainsi des régularités telles que des taux plus élevés chez les hommes, les ruraux, les personnes âgées (suicides masqués) et les célibataires, l’été serait également la saison la plus touchée. Il définit également plusieurs types de suicide qu’il nomma le suicide par égoïsme, altruisme, anomique et fataliste. Le suicide serait ainsi un indicateur social sensible à la nature des relations mises en place par une société.

Il définit également des sources biaisant notre vision du suicide, telles que des histoires, des romans, la presse ou encore le fait de vivre le suicide d’une personne proche.

  1. Le fait social

Durkheim considérait le fait social comme extérieur aux individus, mais appartenant à la collectivité et au groupe. D’ailleurs un individu ne peut empêcher un fait social, alors qu’un fait social exerce une contrainte sur un individu.

Le fait social est donc coercitif, c'est-à-dire qu’il impose une contrainte et une pression sur l’individu. Cette contrainte est consubstantielle du fait social, elle fait corps avec lui et ne peut en être séparée.

Le fait social consiste en des manières d’agir, de penser et de sentir, extérieures à l’individu et qui sont douées d’un pouvoir de coercition en vertu duquel il s’impose à lui.

  1. Durkheim et les règles de la sociologie
    1. Objectifs

Les règles sont à l’origine de l’administration de la preuve en sciences humaines et doivent être respectées pour toute observation, explication et classement des faits sociaux. Ces derniers doivent être décrits et analysés, et non provoqués. Par ailleurs, le sociologue ne peut être en mesure d’inférer des lois générales qu’en procédant par identification de répétition, obtenue au travers d’enquêtes et d’observations.

  1. Règle n°1

Les faits sociaux doivent être considérés comme des choses, c'est-à-dire des données à analyser de l’extérieur.

Par chose, on entend ce que l’on va connaître du dehors, en ‘sortant de soi-même’ et en utilisant l’expérimentation afin de développer un regard objectif. L’idée, à l’inverse, est connue du dedans, grâce à l’introspection, et doit donc être rejetée. Le sociologue doit ainsi adopter la même attitude que le physicien et débuter son investigation en considérant qu’il ignore tout du fait social : la démarche doit donc être exclusivement inductive.

Cette première règle engendre deux corollaires :

  1. Toute pré-notion doit être écartée : le doute doit être systématique et omniprésent en référence au doute méthodique de Descartes.
  2. Le sociologue doit toujours prendre pour objet de recherche, un groupe de phénomènes préalablement définis par des caractéristiques communes, et intégrer à son étude, tous les phénomènes présentant ces caractéristiques

La première démarche du sociologue doit être de définir les ‘choses’ à étudier afin de cerner ce dont il est question. Une théorie ne peut donc être contrôlée que dans la mesure où l’on connaît les faits dont elle doit rendre compte.

  1. Règle n°2

Un fait social est susceptible d’exercer une contrainte extérieure sur l’individu.

Mais attention, la contrainte consubstantielle n’est pas la caractéristique essentielle des faits sociaux, c’est son origine extérieure qui permet de le reconnaître.

La régularité statistique des données implique en effet qu’il existe des tendances collectives extérieures à l’individu, c'est-à-dire des contraintes. Ainsi, pour l’individu, le social est une réalité qui s’impose à lui et qu’il ne peut modifier : les statistiques représentent la mesure de cette contrainte.

Ces deux premières règles sont capitales, elles représentent les axiomes fondamentaux de la sociologie scientifique.

  1. Règle n° 3

Expliquer un phénomène social, c’est en rechercher la cause efficiente et dégager le phénomène antécédent qui l’a nécessairement produit.

Selon les positivistes italiens, il faut interpréter les relations entre les faits sociaux et les faits naturels (par exemple, les relations entre le suicide et la chaleur). Selon Durkheim, son explication ne peut être qu’obscure pour l’intelligence car des phénomènes cosmiques agissent sur le suicide, par l’intermédiaire d’un fait social. Par exemple, le taux de suicide suit les saisons mais aussi le rythme de la vie sociale. Il s’est donc fixé comme règle d’expliquer un fait social par un autre afin d’établir la preuve : aboutir à la transparence n’est jamais donné d’emblée pour l’intelligence, celle-ci doit être conquise grâce à la comparaison systématique, l’analyse des relations entre les variables et l’expérimentation.

La causalité efficiente est la condition d’existence de la sociologie scientifique et nécessite donc une analyse multivariée : « On a aucun moyen de montrer qu’un phénomène est la cause d’un autre, sauf de comparer les cas où ils sont simultanément présents ou absents et de chercher si les évolutions qu’ils présentent dans ces différentes combinaisons, témoignent que l’un dépend de l’autre ».

  1. Règle n°4

Elle consiste à affirmer que c’est la conscience collective qui fait la spécificité du social.

Cette règle renvoie aux idées, valeurs et croyances communes à l’ensemble des individus formant un groupe, et sans lesquelles il n’existerait pas. Le groupe pense et agit tout autrement que ne le feraient ses membres s’ils étaient isolés : si on part des individus, on ne peut comprendre le groupe.

  1. Durkheim et l’éducation
    1. Kant, Mill et Spencer

Ils considèrent l’éducation comme un élément individuelle dont l’objet porte sur le développement des attributs constitutifs individuels afin de faire évoluer chaque personne vers son plus haut niveau de perfection possible.

Ils affirmaient donc qu’il n’existait qu’un type d’éducation devant convenir à tous les Hommes, et ce quelques soient les conditions sociales et historiques dont ils dépendent. Le pédagogue est donc celui qui doit chercher l’action éducative devant être exercée sur la nature humaine pour réaliser ses objectifs.

  1. Selon Durkheim

Il définit l’éducation comme l’action exercée sur les enfants par les parents et les professeurs. Par ailleurs, la pédagogie consiste non en action, mais en théories qui sont des manières de concevoir l’éducation et non des façons de la pratiquer. En ce sens, l’éducation est une matière de la pédagogie, consistant en une réflexion autour des choses de l’éducation.

Pour Durkheim, les thèses précédentes entrent en contradiction avec tout ce que nous apprend l’histoire : il n’y a pas d’explication universellement valable pour le genre humain, comme il n’existe pas de sociétés dans lesquelles des systèmes pédagogiques ne coexistent et ne fonctionnent pas parallèlement.

L’éducation est donc éminemment sociale, par ses origines comme par ses fonctions. Par suite, la pédagogie dépend de la sociologie plus que de toute autre science. L’éducation est le moyen par lequel la société renouvelle perpétuellement les conditions de son existence et consiste en une socialisation méthodique de la plus jeune génération.

L’éducation exercée par les adultes est imposée par la société,  elle est donc une contrainte. La société requiert en effet que le travail se divise entre ses membres, ce qui implique que l’éducation ne soit pas unique, autrement dit, l’Homme que l’éducation ‘crée’ est l’Homme tel que la société veut qu’il soit. Ces conceptions varient et évoluent selon les cultures et dans le temps.

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