La sémiologie(1) des troubles bipolaires se base sur une alternance entre des épisodes dépressifs majeurs et des périodes d’hypomanie(2) et maniaques. On estime qu’un patient sur deux commettra au moins une tentative de suicide au cours de l’évolution de sa maladie, 10 à 15 % décéderont.
Bien que les troubles bipolaires aient connu différentes appellations, leur description, très ancienne, resta relativement homogène au cours des siècles. Ce fut Hippocrate qui, le premier, décrivit les concepts de manie et de mélancolie cinq siècles avant Jésus-Christ. L’idée d’une psychose maniaco-dépressive naquit de la rencontre de ce dernier avec Démocrite, un philosophe contemporain de Socrate. Par la suite, de nombreux intellectuels de toutes les époques étudièrent cette pathologie : Aristote, Sénéque, Cicéron…
La symptomatologie la plus précise date du IIe siècle av. J.-C. et fut réalisée par Arétée de Cappadoce. En 1854, J.P. Falret et J. Baillarger présentèrent à l’Académie de médecine, pratiquement en même temps, une"folie à forme alterne" pour l’un, et une "folie circulaire pour l’autre". C’est en 1899 que E. Kraepelin la nommera "psychose maniaco-dépressive".
En 1961, H. Tellenbach introduisit les notions de "troubles unipolaires et bipolaires", mais elles furent reprises et vulgarisées pour devenir une sorte de fourre-tout diagnostique. Ultérieurement, K. Leornhard définit plus clairement deux formes de psychoses : les psychoses bipolaires présentant des récurrences dépressives et maniaques chez le même individu, et les psychoses unipolaires se caractérisant uniquement par la répétition d’épisodes dépressifs.
Les troubles bipolaires se caractérisent par une dépression majeure associée, soit à des épisodes maniaques, soit à des épisodes d’hypomanie, ou encore à un mélange des deux. Chaque personne étant unique, évoluant dans un environnement singulier, selon un passé également spécifique, les symptômes ne se manifesteront jamais de la même manière. Les différentes associations sont réparties en type 1, 2 ou 3.
• Type 1
Épisodes maniaques associés ou non à des symptômes dépressifs ou épisodes dépressifs majeurs avec symptômes maniaques et d’hypomanie.
• Type 2
Épisodes dépressifs majeurs et épisodes d’hypomanie. On n’y trouve jamais de symptômes maniaques.
• Type 3
Épisodes dépressifs majeurs avec une excitation permanente induite par des traitements pharmacologiques.
Généralement, les troubles bipolaires débutent à l’adolescence ou au commencement de l’âge adulte, vers l’âge de 25 ans. Ils touchent autant d’hommes que de femmes, exception faite du trouble de type 2 qui atteint davantage les femmes. Les niveaux d’étude et de scolarité n’ont aucun impact sur le développement de ces troubles ; il a été scientifiquement prouvé que les pourcentages de patients sont équivalents quels que soient les milieux socio-économiques.
On parle d’épisodes dépressifs majeurs lorsque les symptômes s’étalent sur plus de deux semaines et ne peuvent s'expliquer par des événements environnementaux. Contrairement à une dépression "classique", ils ne se manifestent pas seulement sous la forme d’une tristesse persistante, mais peuvent se présenter sous différents symptômes :
Symptômes thymiques
• Irritabilité
• Tristesse
• Émoussement affectif
• Anesthésie affective
• Hyperréactivité émotionnelle
• Perte de plaisir
• Absence d’intérêt
Symptômes cognitifs
• Ralentissement général de la cognition
• Troubles de l’attention
• Difficultés à se concentrer
• Perte de mémoire
• Discours pauvre, lent
• Dévalorisation
• Culpabilité
Symptômes comportementaux
• Ralentissement psychomoteur et/ou agitation psychomotrice ;
• asthénie ;
• insomnie en début de nuit ;
• réveils nocturnes ;
• insomnie matinale ;
• hypersomnie diurne.
• anorexie et/ou prise de poids ;
• idées délirantes de persécution ;
• hallucinations auditives, visuelles olfactives ou gustatives ;
• idées suicidaires.
Ils doivent se manifester durant plus d’une semaine, entraîner une altération générale du fonctionnement de l’individu et ne doivent pas pouvoir s’expliquer par la prise de produits stupéfiants.
Symptômes thymiques
• Irritabilité
• Euphorie
• Labilité affective (3)
• Expansivité
Symptômes cognitifs
• Mégalomanie (4)
• Augmentation de l’estime de soi
• Fuite des idées
• Distractibilité
• Troubles de la concentration, de la mémoire, de l’attention
Symptômes comportementaux
• Hyperactivité
• Désir de parler constamment
• Multiplication des projets souvent irréalistes
• Conduites à risque
• Diminution du temps de sommeil
• Absence de fatigue
• Provocation
• Hypersexualité
• Hallucinations auditives, visuelles olfactives ou gustatives
Ses symptômes sont variables en termes d’intensité et de durée ; toutefois, on ne les qualifie ainsi qu’à partir de 4 jours consécutifs de manifestation. Ils ne mettent pas en péril les vies sociales, familiales ou professionnelles et ne nécessitent donc pas, à eux seuls, une hospitalisation.
Leur faible intensité les rend difficile à détecter, d'autant que ni les patients, ni l’entourage ne les évoque ; ils sont donc très souvent sous-diagnostiqués.
Le diagnostic des troubles bipolaires est extrêmement complexe à poser, car même s’ils se basent sur la présentation d’épisodes dépressifs majeurs, maniaques et d’hypomanie, il existe une multitude d’associations et autant d’intensités et de délais de manifestations.
Il arrive en effet que seuls les symptômes dépressifs s’expriment dans un premier temps, ce qui oriente le thérapeute vers une dépression et retarde d’autant le bon diagnostic. Il est ainsi très fréquent que les patients aient rencontré plusieurs professionnels avant d’être reconnus comme souffrant de troubles bipolaires.
On estime que plus de deux tiers des patients ne sont pas diagnostiqués et ne bénéficient donc pas des traitements par les thymorégulateurs. Ces médicaments, pris régulièrement, permettent aux patients de retrouver un équilibre, à tout point de vue.
(1) Étude des symptômes des différents troubles psychiques.
(2) Trouble caractérisé par une élévation légère mais persistante de l’humeur, de l’énergie et de l’activité, associée à un sentiment de bien-être général. Il renvoie aussi à une augmentation de sociabilité, de la familiarité, du désir de parler, de l’activité sexuelle ainsi qu’à un besoin moindre de sommeil.
(3) Changement rapide et important de l'humeur qui peut être suscité facilement et disparaître rapidement.
(4) Surestimation de ses capacités, désir immodéré de puissance et d’un amour exclusif de soi.