Les éclairages de Saverio
Chaque semaine, un éclairage pour mieux se comprendre
Eclairage de Saverio
Mode ZEN

Peut-on vraiment parler de défaut ?

Il est important de réhabiliter les défauts, chez nos enfants (et chez nous), en révélant leurs bénéfices. Ils cachent des talents à exploiter. Comment aider nos enfants à s’appuyer sur leurs forces vives, sans que cela les desserve ?

Il est paresseux. Entre le plaisir et l’effort, il choisit de suivre le plaisir.

- Idée reçue, les craintes des parents. La paresse lui fait perdre son temps et son énergie, bloque ses apprentissages. Il ne fera rien de sa vie. La réussite passe forcément par l’effort. L’oisiveté est la mère de tous les vices : il risque de consacrer son énergie à des choses futiles, plus tard de se droguer, etc.

- La qualité cachée. Par la lenteur, la rêverie, la paresse favorise la reconquête de soi en lui permettant de se connecter à ses ressources intérieures, de respecter de ses besoins. Elle lui permet aussi de freiner ses ardeurs, ses pulsions, de se poser pour réfléchir. Elle est aussi un signal bénéfique pour prévenir l’épuisement. La lenteur favorise aussi les apprentissages en profondeurs, ceux qui durent longtemps, qui sont solides et constituent des fondements fiables pour toute une vie. Elle favorise aussi les bonnes prises de décision, loin de toute agitation ou précipitation.

- Du bon usage de… Comment encourager l’exercice de la paresse sans que cela desserve l’enfant ? La première recommandation fondamentale est de ne pas blâmer ou brimer son enfant : cela ne peut que renforcer son blocage et le pousser à se fermer encore plus, à se replier sur lui-même. Trouvez les qualités réelles de votre enfant, félicitez-le, adressez-lui des compliments sincères, encouragez-le ! Par ailleurs, la paresse est aussi une vertu lorsqu’il s’agit de se reposer, de se ressourcer, de prendre du temps pour soi : de cela aussi vous pouvez le féliciter. Pour le reste, utilisez un humour léger et discret, par petites touches affectueuses, lorsque vous trouvez que c’est trop…

- Quand cela devient préoccupant. Un enfant qui ne veut pas du tout travailler ou refuse tout effort rencontre probablement des difficultés qu’il n’arrive pas à repérer lui-même. Une mauvaise vue ou une audition défectueuse, une dépression masquée, un abus sexuel dont il n’ose pas parler ou des brimades à l’école. Si la situation persiste, il serait bienvenu de consulter un spécialiste de l’enfance.

Il est réservé.

- Idée reçue, les craintes des parents. Il est trop timide, il ne réussira pas dans la vie, il ne saura pas s’affirmer, il se fera exploiter, maltraiter, écraser, etc. Si c’est un garçon, les parents peuvent imaginer et craindre que leur enfant devienne « forcément » homosexuel, qu’il soit la risée des autres, qu’il soit rejeté ou malheureux…

- La qualité cachée. La réserve est le signe de l’intériorité, de la sensibilité et de la capacité de réflexion. Elle exprime aussi la pudeur et la retenue, donc le respect de soi et des autres. Elle est aussi la marque d’une capacité d’observation tout autant que de patience. Réserve rime avec délicatesse et discrétion, qui sont des qualités sociales fondamentales.

- Du bon usage de… Le bon usage de la réserve est de rester réservé dans la plupart des circonstances, notamment au début dans les situations nouvelles pour observer la réalité et pouvoir mieux s’y ajuster, aussi dans les prises de décision pour peser le pour et le contre. Là encore, il serait bon d’aider l’enfant à exprimer ses ressentis et ses pensées, y compris par l’humour. Les adultes peuvent aussi soutenir un enfant qui éprouve des difficultés à s’affirmer, tout en lui laissant le temps d’évoluer, car beaucoup de timidités passent simplement avec le temps lorsque l’enfant grandit et gagne naturellement en assurance.

- Quand cela devient préoccupant. La réserve peut devenir préoccupante lorsqu’elle se transforme en mutisme et en repli sur soi. Il s’agit le plus souvent d’un blocage, qui n’est pas arrivé par hasard, et qui exprime une souffrance. Dans ce cas, il est important de se demander depuis quand l’enfant refuse de parler et reste dans son coin, quitte à lui poser la question directement, en lui disant que vous avez besoin de son aide pour mieux le comprendre et pour l’aider, et en lui laissant le temps de vous répondre, à sa façon (cela peut être par un dessin, une histoire, ou un jeu avec des petits personnages).

Il est égoïste. Lui d’abord.

- Idée reçue, les craintes des parents. Dans la morale, quelle soit religieuse ou laïque, l’égoïsme est très mal vu. Il est décrié comme l’individualisme. De nombreuses expressions le prouvent, comme par exemple : « tu n’es pas le centre du monde », « tu te prends pour le nombril du monde », « tu ne pense qu’à toi », « il n’y en a que pour toi », etc. Les parents ont peur que leur enfant soit mal vu  par les professeurs, les parents des camarades ou par la famille. Ils craignent aussi de ne pas être aimés par leur enfant (n’oublions pas que les besoins affectifs des parents peuvent aussi être très forts).

- La qualité cachée. Penser à soi est une qualité qui permet de prendre soin de soi, d’être à l’écoute de soi-même, de ne pas se laisser influencer par les autres, d’être centré et d’avoir confiance en soi.

- Du bon usage de… Comme pour beaucoup de caractéristiques humaines, et comme en cuisine ou en peinture, il s’agit d’obtenir un heureux dosage : ni trop, ni trop peu. Un équilibre est à trouver entre altruisme et égoïsme, entre souci de l’autre et souci de soi, aller vers l’autre et revenir vers soi.

- Quand cela devient préoccupant. L’égoïsme devient vraiment problématique lorsqu‘il est le seul mode de relation, et surtout lorsqu’il se double d’une volonté de dominer les autres. Il peut aussi être le signe d’un trouble psychique lorsque l’enfant se croit plus fort, plus remarquable, plus exceptionnel que les autres. Dans ces deux cas l’égoïsme n’est en fait qu’une conséquence de la volonté de pouvoir et de la croyance en sa propre grandeur, qui sont les vrais problèmes…

Il est désordonné. C’est insupportable pour les autres ! Il ne retrouve jamais ses affaires.

- Idée reçue, les craintes des parents. Les parents peuvent craindre que l'enfant ne réussisse pas ses études. Ils peuvent aussi avoir peur que leur enfant soit mal jugé par l'entourage ou qu'on leur reproche de l'avoir mal éduqué...

- La qualité cachée. Françoise Dolto disait que l’enfant a besoin que sa chambre soit en désordre, que c’est un moyen pour lui d’exprimer le désordre du monde, de l’apprivoiser et de le maîtriser à sa façon. Tant de choses sont incompréhensibles pour un enfant, c’est important qu’il puisse se frayer un chemin dans un univers chaotique qu’il apprivoise à sa manière à lui. D’autant que ce qui représente l’ordre pour un parent ne représente pas forcément l’ordre pour un enfant. En plus, le désordre est aussi un mode d’expression de la créativité et de la fantaisie.

- Du bon usage de… Il s’agit de trouver un équilibre entre la liberté de l’enfant, son désordre, et ce qui est supportable pour les parents. Le mieux est d’accepter le désordre dans la chambre de l’enfant, seulement et pas dans les autres pièces, et de l’aider à ranger sa chambre le soir. Accepter aussi des exceptions, les soirs où l’enfant est fatigué. C’est un excellent exercice de souplesse pour les parents !

- Quand cela devient préoccupant. Le risque potentiel serait que l’enfant se perde dans son propre désordre, mais c’est fort peu probable. D’ailleurs, les enfants qui ne s’y retrouvent plus sont en fait perdus dans les désordres de leurs parents : désordres amoureux ou sexuels, financiers, professionnels, et surtout les enfants qui font face à l’alcoolisme et à la maltraitance des plus grands.

Il est susceptible. C’est fatigant de devoir toujours peser ses mots quand on s’adresse à lui. Il prend tout mal. Impossible de lui faire la moindre remarque

- Idée reçue, les craintes des parents. « Pour qui te prends-tu ? », « elle fait sa princesse », « encore un caprice », « il est invivable » : les erreurs d’interprétation concernant la susceptibilité d’un enfant sont nombreuses. Elles ne font qu’installer le problème en maintenant le malentendu de fond, c’est-à-dire le fait que l’enfant vit comme une attaque ou une injustice ce qui lui est demandé ou reproché.

- La qualité cachée. Les enfants que l’entourage peut trouver « susceptibles » sont souvent des enfants très sensibles, épris de justice, d’honnêteté et d’équité. Ce sont des vertus importantes que les parents peuvent valoriser, ce qui aidera l’enfant à se détendre et à retrouver confiance en lui.

- Du bon usage de… Le plus souvent, face à une personne susceptible, nous avons tendance à nous focaliser sur la réaction, qui est en fait une défense. Nous critiquons ce qui permet à l’autre de se protéger, ce qui accentue la difficulté. Un parent qui reproche à son enfant d’être susceptible, risque donc de le bloquer ou de le braquer encore plus, et de renforcer la souffrance qui est l’origine de sa réaction incompréhensible pour les autres. La meilleure attitude est donc la bienveillance, la compréhension, la consolation, en un mot l’empathie : l’enfant se sent alors accueilli et respecté.

- Quand cela devient préoccupant. Il peut arriver qu’un enfant soit tellement fragilisé par une situation difficile (divorce des parents, chômage, maladie d’un proche, procès, mais aussi maltraitance) qu’il soit à bout de nerfs, à bout de ressources et de forces psychiques : il ne peut plus rien supporter. Dans ce cas, l’enfant a un grand besoin d’aide : le mieux est de faire avec lui, seul, des activités calmes et reposantes, mais aussi distrayantes (promenades, dessins, activités manuelles). Un soutien thérapeutique sera peut-être nécessaire…
 

Au fond…

L’enfant est le réceptacle de toutes les peurs des parents autant que le lieu où se focalisent leurs aspirations et leurs idéaux. Il est donc soumis à une forte pression de la part de ses parents, qui ont vite fait de voir ses caractéristiques comme des défauts et ses fragilités comme des handicaps. Le parent voit souvent son enfant avec des verres grossissants : ses qualités et ses défauts sont amplifiés. Les compliments et les reproches sont alors disproportionnés, ce qui donne à l’enfant une opinion faussée sur lui-même. Le plus gênant concerne une tendance à rendre morbide et pathologique la moindre petite irrégularité et à en faire une maladie. Le plus sage est de cultiver la confiance dans l’enfant, de croire en lui, en sa sensibilité, en son intelligence et en sa force de vie.

Saverio Tomasella

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