Les éclairages de Saverio
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Les 10 signes pour repérer l’emprise affective

Parfois, une relation amicale ou amoureuse tourne au cauchemar. Peu à peu, vous comprenez que vous êtes sous « emprise affective ». Ce phénomène insidieux nécessite d’être pris au sérieux. Lorsque vous êtes face à un « vampire affectif » (femme ou homme), vous en sortir n’est pas simple. D’autant que ce type de lien toxique se construit souvent dans un rapport de domination/soumission entre abuseur et abusé. Ces rapports empoisonnés peuvent progressivement mener à la dépression, voire au suicide. En repérer les signes est une étape indispensable pour y mettre fin !  

1) Vous êtes complètement focalisé(e) sur elle (lui)

Vous pensez à elle/lui très souvent, voire en permanence. Une réflexion qu’il vous a faite, un regard ironique… Quand on est sous emprise affective, le « prédateur » (femme ou homme) occupe toutes vos pensées. « Il y a un effet de fascination ». Il capte votre attention, et ne vous lâche plus. La différence avec l’état amoureux ? Vous êtes admiratif(ve), obnubilé(e)… toutefois un malaise plus ou moins diffus teinte vos pensées.

2) En sa présence, vous êtes tendu(e)

Quand vous êtes ensemble, vous avez souvent le sentiment de « mal faire ». D’ailleurs, il vous reprend sur tout, un plat mal rangé, un vêtement trop sexy, un itinéraire imprévu… Le « prédateur » vous place dans une position infantilisante, et vous avez la sensation de vous retrouver face à un parent sévère, ou un professeur bien strict. Résultat : vous avez souvent l’impression d’être en faute, sans raison apparente. La peur qu’il vous réprimande domine, y compris lors de petits actes anodins. Vous vous sentez gauche en sa présence.

3) Avec elle/lui, votre existence va cesser d’être banale

Elle/il vous a convaincu qu’avec elle/lui la vie est extraordinaire, elle/il est au-dessus du lot, a quelque chose en plus des autres. Le « prédateur » exerce une forme de propagande. Il n’est pas « n’importe qui » et la vie avec lui est exceptionnelle. Vous vous sentez flatté bien sûr, qu’il vous offre cette vie dont tout le monde rêve. En même temps, vous avez l’impression de « vivre sous menace », par exemple si vous le quittez, de devoir retourner à votre vie « minable ». Vous êtes comme sidéré(e), par cette promesse d’une existence fantastique doublée d’une terreur indicible.

4) Vous vous êtes isolé(e)

Peu à peu, vous avez délaissé vos amis, et abandonné vos activités personnelles. Le « prédateur » opère un isolement avec votre environnement. Peu à peu, vous fréquentez ses relations, et adoptez ses centres d’intérêt. Ce glissement a lieu par un dénigrement subtil. Il critique vos amis, par des piques qu’il tourne en boutades, il se moque, mielleusement, mais de manière récurrente, de votre penchant pour les films asiatiques, le yoga. Par ailleurs, il peut arriver qu’obnubilé(e) par cette relation qui vous épuise, vous ayez fini par ne plus parler que de ça à vos proches. Ces derniers, las de vos plaintes, vous exhortent à le quitter, mais ce sont eux que vous délaissez…

5) Vous sentez peser sur vous une sourde menace

Vous vivez sur le fil de la rupture en permanence, comme si d’une minute à l’autre tout pouvait basculer. Une personne sous « emprise affective » a la sensation (même insidieuse) que la relation peut s’arrêter est permanente. En fait, il n’y a pas de vraie relation. Le prédateur « instrumentalise » l’autre, il n’est donc jamais affecté par ce qui lui arrive ou ce qui se passe pour l’autre. Que vous soyez malade, en difficultés au bureau, rien ne l’impacte. Il fait preuve d’indifférence et d’insensibilité. A la longue, ce vide relationnel est angoissant, et insécurisant. Puisque vous ne comptez pas pour lui, vous commencez à comprendre que la relation peut s’interrompre à tout moment, et cela vous angoisse.

6) Elle (il) vous critique… d’une voix doucereuse

Tu as une mine affreuse ; ta mère, cette harpie, a encore laissé un message pathétique ; ton rôti était bizarre, j’ai des nausées ; arrête de siffler, c’est vulgaire… Le « prédateur » a le chic pour vous glisser, plutôt deux fois qu’une, des phrases assassines, d’une voix mielleuse et doucereuse. Au final, ses propos dévalorisants ont pour effet de miner lentement mais sûrement l’estime de soi. Chaque pique peut sembler anodine, alors vous en faites peu de cas. Néanmoins, c’est l’accumulation et la répétition qui agissent. Systématiquement, elle/il vous asticote, joue le chaud et le froid, et quand vous tentez de vous défendre, il se fend alors d’un  « Tu l’as mal pris, tu es susceptible, ce n’était rien », retournant la situation à son avantage.

7) Il (elle) vous embrouille

Avec elle/lui, tout est compliqué ! Aller au cinéma, une galette avec des amis, les cadeaux pour les enfants… Elle/il n’est jamais d’accord avec vous, mais vous ne savez pas exactement ce qu’elle/il veut. Dans la tactique du prédateur, il y a une volonté évidente de brouiller les pistes. De façon sibylline et pernicieuse, il propose une chose et son contraire. Cette communication paradoxale crée une forme d’anesthésie, vous ne comprenez pas ce qu’il vous dit, et vous ne pouvez pas vous exprimer, car il vous contredit systématiquement. La communication est en impasse. Cette confusion crée des tensions qui vous amènent le plus souvent à abandonner les projets envisagés ensemble, que ce soit aller au cinéma ou chez des amis. Vous pouvez décider d’y aller seul(e), mais là-aussi, cela entraîne des tas de complications…

8) Vous lui trouvez toujours de bonnes excuses

Elle/il vous rend la vie insupportable, mais ce n’est pas sa faute, la(le) pauvre, elle/il a eu une enfance difficile ! Quelles que soient les limites qu’il/elle franchit, il y a toujours un moment où vous lui pardonnez. Il/elle fait la pluie et le beau temps, de façon imprévisible, mais vous mettez son comportement sur le compte de ses blessures. Il/elle a beaucoup souffert, et ne sait pas s’y prendre autrement, croyez-vous, et votre amour aura raison de son comportement. Il va changer. Quelle illusion ! Le prédateur sait jouer le rôle valorisant et aveuglant de la « victime magnifique »… Dans la relation d’emprise affective, le choix de la proie n’est pas anodin. Ce sont souvent des personnes dépendantes affectivement, ayant peu d’être abandonnées ou d’abandonner, et prêtes à tout par amour, pour se faire aimer. Rappelez-vous qu’un prédateur capte vos forces, opère un travail de sape et joue de vos faiblesses. Il vous manipule et vous vampirise !

9) Elle (il) porte un masque social séduisant

En société, il (elle) est charmant(e), prévenant(e), drôle… A tel point que vous finissez par vous demander si ce n’est pas vous le problème… comme elle/il vous le dit d’ailleurs. Pour le reste du monde, il (elle) est le conjoint parfait, le gendre de rêve, l’ami idéal… Résultat, vous passez pour le fauteur (la fauteuse) de troubles. Face au regard interrogatif de votre entourage, quand vous énoncez vos mésaventures, avec cette personne perçue à l’extérieur comme charmante… la sensation de confusion augmente. Si c’était lui (elle) qui avait raison et vous qui n’allez pas bien. Vous perdez pied, comme s’il/elle avait gagné la partie, car c’est bien de cela dont il s’agit, de prendre le pouvoir sur l’autre et de l’écraser.

10) Vous vous sentez déprimé(e)

Vous vous levez fatigué(e), sans entrain… vous avez perdu votre joie de vivre, et la journée qui commence à peine vous pèse… La dépression est un signe notable d’emprise affective, voire un dégoût de la vie, des pensées suicidaires ou meurtrières contre le prédateur... Cette déprime qui s’approfondit résulte d’une accumulation chronique de l’ensemble des facteurs cités précédemment. Le mieux est de réagir avant, bien sûr, mais ce n’est pas forcément possible. Cela prend du temps de se rendre compte que l’on est sous emprise. Quoi qu’il en soit, des symptômes de déprime durable sont des signes à prendre en compte. Il est très souvent nécessaire de se faire aider pour sortir de ce type de relation. L’emprise affective ne trouve pas d’issue positive, hormis dans la fuite, c’est-à-dire la séparation ! Restera alors à prendre le temps de se retrouver et de se reconstruire…

L'emprise sur le moi

Une des caractéristiques majeures de la haine est sa puissance de sidération : elle empêche de penser. Ainsi, l'emprise durable d'une personne sur une autre injecte chez cette dernière une sorte de "Surmoi monstrueux ", un système extérieur de domination et de pouvoir rendu intérieur par la force de la fascination, de la séduction, mais aussi de la terreur. Pour fonctionner dans le temps et rester efficace, c'est-à-dire à la fois de façon prégnante et invisible, la personne qui met son vis-à-vis humain sous emprise, le dévisage, le déshumanise, l'instrumentalise. Au point de réaliser l'intromission d'une angoisse, d'une culpabilisation et d'un doute à l'intérieur même de l'individu-cible, qui n'aura de cesse de prendre sur lui pour essayer de s'adapter aux exigences impensables de son abuseur, sans pouvoir les repérer pour les remettre en question.

Comment est-ce possible ? Si une personne ne se distingue pas de l'autre ou de son environnement, elle est happée, envahie, encombrée par le monde imaginaire de l'autre, qui agit comme un champ de forces magnétiques sur une particule. Une telle personne est  prise dans tous les mouvements de son entourage, sans pouvoir s'en séparer, s'en différencier, et s'en dégager. L'emprise s'appuie sur la confusion des identités et sur la dilution des contours, donc sur la disparition de sa personnalité distincte. C'est le surmoi de l'autre, ou même le système de contraintes qu'il met en place pour assurer sa domination, qui va prendre le contrôle de la personne visée, de l'intérieur d'elle-même, en entrant en résonance avec son surmoi, lequel peut même jouer le rôle d'amplificateur des exigences de soumission, de mutisme, d'inertie et de docilité...

En bref

Toute forme d’emprise durable vise à détruire le fondement même de chaque personne : je désire, je pense, je suis. Cette fragilisation peut aller jusqu'à la « dé-subjectivation » de la personne sous influence, comme par un effacement progressif de sa subjectivité. Une telle désubjectivation opère par défiguration radicale (perte du goût et du sens de soi, c’est-à-dire perte de son sentiment d’identité) et par dévitalisation profonde (perte du goût et du sens de vivre, c’est-à-dire perte de son élan vital). Elle rend l’autre doublement dépendant : à la fois de l'emprise et de l'emprisonneur.

Il semble donc légitime de faire l’hypothèse que l'emprise affective est une mainmise sur la pensée et les sentiments d’autrui, une forme de prison relationnelle qui génère une dépendance affective du dominé envers le dominant.

Saverio Tomasella, L’emprise affective. Sortir de sa prison, Eyrolles, 2014.

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