Psychologie

C’est un sentiment qui surgit sans logique apparente : l’impression d’être de trop, de ne servir à rien, même au milieu des autres, même dans une vie active. Aucun échec particulier, aucune critique récente, juste une sensation persistante d’inutilité. Comme si quelque chose en soi s’était effondré sans cause tangible. Ce malaise discret, souvent ignoré, renvoie à une perte de valeur subjective, un vide intérieur que les circonstances extérieures ne suffisent pas à combler. C’est parfois la marque silencieuse d’une blessure ancienne, encore active.

Un ressenti en décalage avec la réalité

Le sentiment d’inutilité frappe souvent ceux qui, objectivement, sont investis, présents, compétents. Mais la valeur personnelle n’est pas toujours liée à ce qu’on fait : elle dépend aussi de ce qu’on a reçu. Quand, dans l’enfance ou l’adolescence, l’estime de soi s’est construite dans un climat incertain, ce socle reste fragile. Il suffit alors d’un ralentissement, d’un moment d’inactivité ou d’une parole anodine pour que ressurgisse cette impression d’être sans place. L’extérieur dit « tu comptes », mais l’intérieur murmure le contraire.

Une faille ancienne qui cherche à se rejouer

Souvent, ce sentiment plonge ses racines dans des histoires précoces : des périodes où l’on ne s’est pas senti regardé, attendu ou reconnu pour soi-même. Cela ne se traduit pas toujours par des traumatismes visibles. Parfois, c’est l’absence d’attention, la banalisation des efforts ou l’effacement discret dans une fratrie qui laisse une empreinte. Et dans le présent, cette blessure non pensée se réactive sans prévenir, chaque fois que le lien social se distend ou que l’action laisse place au vide.

L’illusion qu’il faudrait “mériter” sa place

Chez beaucoup, ce sentiment s’accompagne d’un automatisme intérieur : il faut prouver sa valeur en permanence. Faire, être utile, répondre, s’engager. Mais ce surinvestissement finit par épuiser, et lorsqu’on relâche, c’est la chute. Le vide est d’autant plus dur qu’il réactive l’angoisse de ne pas exister sans fonction. Cette logique inconsciente, souvent invisible aux yeux mêmes de la personne, transforme l’estime de soi en compte à rebours. Et c’est précisément quand on ne « fait rien » que l’on sent le plus fort l’attaque de l’inutilité.

Un exemple : Thomas, 27 ans, actif mais éteint

Thomas est développeur informatique. Il travaille, voit des amis, fait du sport. Et pourtant, il dit souvent qu’il se sent “inutile”, surtout les week-ends. En thérapie, il évoque une adolescence marquée par une mère exigeante et distante, qui valorisait surtout les résultats. Le silence émotionnel à la maison a laissé en lui une faille : quand il ne produit rien, il se vit comme inexistant. Nommer cette souffrance lui permet peu à peu de reconnaître que sa valeur ne dépend pas de sa performance. Et que le vide n’est pas une faute.

Trouver un psy